Meilleur roman d'amour

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Victor Hugo

Et si nous parlions, ici, des auteurs de romans ?

À table !

Gabrielle Dubois, auteur de romans d’amour et d’aventure , a fait son marché et a ramené pour vous une vision humoristique et gastronomique des génies de son temps, par Théophile Gautier :

« L’homme de génie doit être gras

Oui, l’homme de génie du dix-neuvième siècle est obèse et devient aussi gros qu’il est grand : la race du littérateur maigre a disparu, elle est devenue aussi rare que la race des petits chiens du roi Charles : le littérateur n’est plus crotté, les poètes ne pétrissent plus les boues de la ville avec des bottes sans semelle, ils déjeunent et dînent au moins de jours l’un, ils ne vont plus, comme Scudéry, manger leur pain avec un morceau de lard rance, dérobé à une souricière, dans quelque allée déserte du Luxembourg ; les hommes de génie ne soupent plus comme autrefois avec la fumée des rôtisseries ; ils prennent leur nourriture sur des tables et dans des assiettes qui sont à eux, ainsi que ceux qui les apportent. Ô progrès fabuleux ! Ô sort inespéré !
La poésie, au sortir de ce long jeûne, étonnée, ravie d’avoir à manger, se mit à travailler des mâchoires de si bon courage, qu’en très peu elle prit du ventre.
...
Passons aux exemples.
M. Victor Hugo, qui, en sa qualité de prince souverain de la poésie romantique, devrait être plus vert que tout autre et avoir les cheveux noirs, a le teint coloré et les cheveux blonds. Sans être de l’avis de M. Nisard le difficile, qui trouve au bas de la figure du poète un caractère d’animalité très développé, nous devons à la vérité de dire qu’il n’a pas les joues convenablement creuses, et qu’il a l’air de se porter beaucoup trop bien, comme Napoléon devenu empereur.
Le monde et la redingote de M. Hugo ne peuvent contenir sa gloire et son ventre : tous les jours un bouton saute, une boutonnière se déchire ; il ne pourrait plus entrer dans son habit des Feuilles d’automne.

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Honoré de Balzac

 

Quant au plus fécond de nos romanciers, M. de Balzac, c’est un muid plutôt qu’un homme. Trois personnes, en se donnant la main, ne peuvent parvenir à l’embrasser, et il faut une heure pour en faire le tour ; il est obligé de se faire cercler comme une tonne, de peur d’éclater dans sa peau.

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Antonio Joachimo Rossini


Rossini est de la plus monstrueuse grosseur, il y  a six ans qu’il n’a pas vu ses pieds ; il porte trois toises de circonférences : on le prendrait pour un hippopotame en culottes, si l’on ne savait d’ailleurs, que c’est Antonio Joachimo Rossini, le dieu de la musique.

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Jules Janin

Janin, l’aigle et le papillon du Journal des Débats, effondre tous les sofas du dix-huitième siècle sur lesquels il lui prend fantaisie de s’asseoir ; son menton et ses joues débordent de tous côtés et passent par-dessus ses favoris ; l’habit et la redingote trop large sont des chimères pour lui, et tout spirituel qu’il est, l’on n’oserait pas se hasarder à dire qu’il a plus d’esprit qu’il n’est gros.

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Alexandre Dumas

L’art est aujourd’hui à un bon point, et M. Alexandre Dumas aussi ; l’africanisme de ses passions n’empêche pas l’auteur d’Antony de devenir très dodu ; sa taille de tambour-major est cause qu’il ne parait pas aussi gros que ses rivaux en génie, cependant, il pèse autant qu’eux. C’est M. de Balzac passé au laminoir.

roman sentimental
Luigi Lablache

On fait toujours payer trois places à Lablache dans toutes les voitures publiques ; si l’on veut essayer la solidité d’un pont nouveau, on y fait passer le célèbre virtuose. Il défonce tous les planchers de théâtre, et ne peut jouer que sur des parquets de madriers ou des massifs de maçonnerie ; son poids est celui d’un éléphant adulte.
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roman historique
Charles Augustin Sainte-Beuve


Byron, s’il n’était pas mort fort à propos, serait aujourd’hui fort gras ; on sait les peines qu’il se donnait pour éviter l’obésité, qui lui venait comme à un amoureux du Gymnase, car Byron ne concevait que les poètes maigres et les muses impalpables suçant un massepain tous les quinze jours : il buvait du vinaigre et mangeait des citrons, le naïf grand poète et grand seigneur qu’il était.
M. Sainte-Beuve commence à voir pousser, sous le poil de chèvre mystérieux de son gilet, l’abdomen le plus rondelet et le plus satisfaisant. Ô Joseph Delorme du creux de la vallée, qu’êtes-vous devenu ? M. Sainte-Beuve est un grassouillet quiétiste et clérical qui promet beaucoup.
Eugène Sue, qui partage les idées de Byron, se désole de voir son génie lui tomber dans l’estomac.

Au reste, cet embonpoint n’est pas volé, car les muses de ces messieurs sont d’une voracité incroyable : il faut voir tous ces poètes lyriques à l’heure de la nourriture.
M. Hugo fait dans son assiette de fabuleux mélanges de côtelettes, de haricots à l’huile, de bœuf à la sauce tomate, d’omelette, de jambon, de café au lait relevé d’un filet de vinaigre, d’un peu de moutarde et de fromage de Brie, qu’il avale indistinctement et très vite et très longtemps. Il lape aussi, de deux heures en deux heures, de grandes terrines de consommé froid.
M. Alexandre Dumas demande régulièrement trois beefsteaks pour un, et suit cette proportion pour tout le reste.
Quant à M. Théophile Gautier, il renouvellera incessamment l’exploit de Milon de Crotone de manger un bœuf en un jour (les cornes et les sabots exceptés, bien entendu) : ce que ce jeune élégiaque consomme de macaroni par jour donnerait des indigestions à dix lazzarones ; ce qu’il boit de bière enivrerait dix Flamands de Flandre.
  

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Jules Sandeau

M. Sandeau dîne passionnément, et Rossini a toujours l’âme à la cuisine ou aux environs. Le cuivre de son orchestre son orchestre montre une certaine préoccupation de casserole qui ne quitte pas le grand maestro dans ses inspirations les plus sublimes.
Nos grands hommes sont de force à lutter avec l’inspiration, leur pensée peut être aussi affilée et tranchante qu’un damas turc ; ils ont un fourreau si bien matelassé et rembourré, qu’il ne sera pas usé de longtemps.

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Théophile Gautier

Cependant, quoique la graisse soit à l’ordre du jour, il faut avouer qu’il y a quelques génies maigres : M. de Lamartine, M. Alfred de Musset, M. Alfred de Vigny, M. Arsène Houssaye et quelques autres ; mais il est à remarquer que toutes ces gloires, dont les os percent la peau, sont des rêveurs de l’école de La Nouvelle Héloïse ou du Jeune Werther, ce qui est peu substantiel et propre au développement des régions abdominales. »

Théophile Gautier.